Ecrire, c’est quoi ?

‘J’appelle élocution continue celle qui n’a pas de fin en soi et ne prend fin que lorsque la chose à dire est terminée. Elle manque d’agrément, en raison de son caractère indéfini ; car tout le monde aime à saisir la fin.’ Aristote – Rhétorique. Ces présents mémoires – en partie arrangés, allez, je l’avoue ! mais quelle vie ne l‘est pas ? -, j’ai prévu d’y mettre fin au bout de 250 000 à 300 000 caractères. Voilà toute ma téléologie. ‘Dans la chronique, l’adjonction ou la suppression d’un événement ne produit pas un bouleversement total de l’ensemble comme ce serait le cas si l’action était un tout.’, énonce l’un des commentateurs du vieux philosophe. Ben oui, il s’agit ici non seulement d’un puzzle plus ou moins réussi, mais d’un puzzle dont toutes les pièces ne trouveront pas leur place, et où il demeurera in fine une immense étendue de blancs. Mais sera-ce pour autant sans suspense pour le lecteur ? Pour moi, le doute sur ‘ce que ça sera’ se maintient, car je me demande, de patelin en patelin, ‘ce que c’est’.

D’Aristote à Max Planck
– Aristote chapeau ! Tu réussis chaque jour l’exploit de modeler notre vision du monde ! Ton époque fut intellectuellement très productive, et pas qu’en Grèce si j’ai bien compris (ton homologue Mencius en Chine, etc.), alors que nous n’en étions qu’en 2300 ou 2400 ans avant l‘internet. Vous ne deviez plus vous sentir pisser, j’imagine. Et voilà toutes ces centaines d’années que ça dure… Bon, mais excuse-moi, je vais te laisser. J’suis un peu à la bourre, là.

Connexion/Fin, comme disait mystérieusement le minitel du siècle dernier, amélioré par l’inénarrable Windows en son fameux ‘Pour Quitter, aller dans Démarrer’.
– Allo, Max Planck ? Bonjour. C’est pour une interview. Comment interprètes-tu que le pékin ordinaire – mais c’était aussi le cas d’Einstein, je crois – ait tant de mal à comprendre ce drôle de quantique dont tu as accouché il y a pourtant déjà bien longtemps ? Il en sera toujours ainsi, à ton avis ?

Je me garde de lui dire que je viens d’avoir Aristote au bout du fil. Je crains que ça ne l’indispose. Pourtant, c’est à un dialogue en public de ces deux-là que j’aspire. Faudra peut-être en passer par une simulation, où des connaisseurs de l’un et de l’autre endosseraient un personnage. Oui, pourquoi pas ? Une large équipe d’aristotéliciens face à une formation de planckistes, dialoguant des jours et des jours par étapes de six minutes durant lesquelles seul l’un des membres de l’équipe A dialogue avec un seul membre de la B.

Et
Assange
?