Lectures de cette semaine, au p’tit bonheur la chance…

« Il y a 120 ans les communes et les établissement scolaires étaient en autonomie alimentaire, et artisanale.
On savait faire.
Au cours de leur scolarité, les enfants avaient appris différents corps de métiers leur permettant de devenir eux-mêmes autonomes, créatifs et collaboratifs. » Autonomie alimentaire

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« Les professeurs abîment les élèves, voilà la vérité, depuis des siècles c’est un fait.
Les professeurs ont toujours été, dans l’ensemble, les empêcheurs de vivre et d’exister, au lieu d’apprendre la vie aux jeunes gens, de leur déchiffrer la vie, de faire en sorte que la vie soit pour eux une richesse en vérité inépuisable de leur propre nature, ils la tuent, ils font tout pour la tuer en eux.
La plupart de nos professeurs sont des créatures minables, qui semblent s’être donné pour tâche de barricader la vie de leurs élèves et de la transformer, finalement et définitivement, en une épouvantable déprime.
Ce ne sont d’ailleurs que les crétins sentimentaux et pervers de la petite-bourgeoisie qui se poussent dans le métier d’enseignant.
Les professeurs sont les suppôts de l’État.
J’ai été abîmé par tous ces professeurs, d’emblée pour des dizaines d’années.
A moi aussi et à ma génération ils n’ont rien donné d’autre que les abominations de l’État  et le monde empoisonné et détruit par cet État.
A moi aussi ils n’ont rien donné d’autre que ces désagréments de l’État et de la société marquée par cet État.
A moi aussi, comme aux jeunes gens d’aujourd’hui, ils n’ont rien donné d’autres que leur inintelligence, leur impuissance, leur stupidité, leur platitude, leur incapacité.
En moi aussi, ils ont détruit pour des dizaines d’années tout ce qu’il y avait originellement en moi pour me développer, avec toutes les possibilités de mon intelligence, dans un univers qui était le mien.
Moi aussi j’ai eu ces sentimentalopathétiques suppôts de l’État, ces débiles intermédiaires de l’État à l’index dressé, qui affirment c’est comme ça que cela doit être, c’est comme ça.
Et ils ne tolèrent pas la moindre contradiction parce que cet État ne tolère pas la moindre contradiction, et ils ne laissent rien à leurs élèves, absolument rien en propre.
On ne fait que gaver ces élèves des ordures de l’État, rien d’autre, tout comme on gave les oies de maïs, et on gave les têtes des ordures de l’État jusqu’à ce que ces têtes étouffent.
L’État pense, les enfants sont les enfants de l’État, et agit en conséquence, et depuis des siècles il exerce son action dévastatrice.
C’est en vérité l’État qui engendre les enfants, il ne naît que des enfants de l’État, voilà la vérité.
Il n’y a pas d’enfant libre, il n’y a que l’enfant de l’État, dont l’État peut faire ce qu’il veut, l’État met les enfants au monde, on fait seulement croire aux mères qu’elles mettent les enfants au monde, c’est du ventre de l’État que sortent les enfants, voilà la vérité.
Chaque année, par centaines de milliers, sortent du ventre de l’État des enfants de l’État, voilà la vérité.
Les enfants de l’État, mis au monde par le ventre de l’État, vont à l’école de l’État où ils sont pris en charge par les professeurs de l’État.
L’État enfante ses enfants d’État dans l’État et ne les lâche plus.
Où que nous regardions, nous ne voyons que des enfants de l’État, des élèves de l’État, des travailleurs de l’État, des fonctionnaires de l’État, des vieillards de l’État, des morts de l’État.
L’État ne produit et ne permet l’existence que de créatures de l’État, voilà la vérité. Il n’y a plus d’homme naturel, il n’y a plus que l’homme de l’État, et là où l’homme naturel existe encore, on le traque et on le persécute à mort et/ou on en fait un homme de l’État. »
Thomas Bernhard

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« Nous meubler la mémoire et l’esprit »
Maurice Genevoix, à propos de ses années de lycée à Orléans,
qui ajoute que son goût pour la littérature vient des lectures qu’il fit durant les vacances scolaires.

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Monsieur J-J Rousseau n’aime pas nourrir les enfants de fables
LE CORBEAU ET LE RENARD
Maître corbeau, sur un arbre perché,
Maître ! que signifie ce mot en lui-même ? que signifie-t-il au-devant d’un nom propre ?
quel sens a-t-il dans cette occasion ?
Qu’est-ce qu’un corbeau ?
Qu’est-ce qu’un arbre perché ?
L’on ne dit pas sur un arbre perché, l’on dit perché sur un arbre.
Par conséquent, il faut parler des inversions de la poésie ;
il faut dire ce que c’est que prose et que vers.
Tenait dans son bec un fromage.
Quel fromage ? était-ce un fromage de Suisse, de Brie, ou de Hollande ?
Si l’enfant n’a point vu de corbeaux, que gagnez-vous à lui en parler ?
s’il en a vu, comment concevra-t-il qu’ils tiennent un fromage à leur bec ?
Faisons toujours des images d’après nature.
Maître renard, par l’odeur alléché,
Encore un maître ! mais pour celui-ci c’est à bon titre :
il est maître passé dans les tours de son métier.
Il faut dire ce que c’est qu’un renard,
et distinguer son vrai naturel du caractère de convention qu’il a dans les fables.
Alléché. Ce mot n’est pas usité.
Il le faut expliquer ;
il faut dire qu’on ne s’en sert plus qu’en vers.
L’enfant demandera pourquoi l’on parle autrement en vers qu’en prose.
Que lui répondrez-vous ?
Alléché par l’odeur d’un fromage !
Ce fromage, tenu par un corbeau perché sur un arbre,
devait avoir beaucoup d’odeur pour être senti par le renard dans un taillis ou dans son terrier !
Est-ce ainsi que vous exercez votre élève à cet esprit de critique judicieuse qui ne s’en laisse imposer qu’à bonnes enseignes,
et sait discerner la vérité du mensonge dans les narrations d’autrui ?
Lui tint à peu près ce langage :
Ce langage ! Les renards parlent donc ?
ils parlent donc la même langue que les corbeaux ?
Sage précepteur, prends garde à toi ;
pèse bien ta réponse avant de la faire ; elle importe plus que tu n’as pensé.
Eh ! bonjour, monsieur le corbeau !
Monsieur ! titre que l’enfant voit tourner en dérision,
même avant qu’il sache que c’est un titre d’honneur.
Ceux qui disent monsieur du Corbeau auront bien
d’autres affaires avant que d’avoir expliqué ce du.
Que vous êtes joli ! que vous me semblez beau !
Cheville, redondance inutile.
L’enfant, voyant répéter la même chose en d’autres termes, apprend à parler lâchement.
Si vous dites que cette redondance est un art de l’auteur,
qu’elle entre dans le dessein du renard qui veut paraître multiplier les éloges avec des paroles,
cette excuse sera bonne pour moi, mais non pas pour mon élève.
Sans mentir, si votre ramage
Sans mentir ! on ment donc quelquefois ?
Où en sera l’enfant si vous lui apprenez que le renard ne dit sans mentir que parce qu’il ment ?
Répondait à votre plumage,
Répondait ! que signifie ce mot ?
Apprenez à l’enfant à comparer des qualités aussi différentes que la voix et le plumage ;
vous verrez comme il vous entendra.
Vous seriez le phénix des hôtes de ces bois.
Le phénix! Qu’est-ce qu’un phénix ?
Nous voici tout à coup jetés dans la menteuse antiquité, presque dans la mythologie.
Les hôtes de ces bois ! Quel discours figuré !
Le flatteur ennoblit son langage et lui donne plus de dignité pour le rendre plus séduisant.
Un enfant entendra-t-il cette finesse ?
sait-il seulement, peut-il savoir ce que c’est qu’un style noble et un style bas ?
A ces mots, le corbeau ne se sent pas de joie,
Il faut avoir éprouvé déjà des passions bien vives pour sentir cette expression proverbiale.
Et, pour montrer sa belle voix,
N’oubliez pas que, pour entendre ce vers et toute la fable,
l’enfant doit savoir ce que c’est que la belle voix du corbeau.
Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie.
Ce vers est admirable, l’harmonie seule en fait image.
Je vois un grand vilain bec ouvert ;
j’entends tomber le fromage à travers les branches :
mais ces sortes de beautés sont perdues pour les enfants.
Le renard s’en saisit, et dit : Mon bon monsieur,
Voilà donc la bonté transformée en bêtise.
Assurément on ne perd pas de temps pour instruire les enfants.
Apprenez que tout flatteur
Maxime générale ; nous n’y sommes plus.
Vit aux dépens de celui qui l’écoute.
Jamais enfant de dix ans n’entendit ce vers-là.
Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute.
Ceci s’entend, et la pensée est très bonne.
Cependant il y aura encore bien peu d’enfants qui sachent comparer une leçon à un fromage,
et qui ne préférassent le fromage à la leçon.
Il faut donc leur faire entendre que ce propos n’est qu’une raillerie.
Que de finesse pour des enfants!
Le corbeau, honteux et confus,
Autre pléonasme ; mais celui-ci est inexcusable.
Jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus.
Jura ! Quel est le sot de maître qui ose expliquer à l’enfant ce que c’est qu’un
serment ?

J-J Rousseau, écrit il y a deux siècles et demi

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« Les éducateurs ont souvent noté qu’il fallait prendre soin d’augmenter chez les élèves la conscience de leur pouvoir et de cultiver, pour ainsi dire, cette conscience pour elle-même.
Il arrive que beaucoup de puissances restent en sommeil qui jamais ne se réaliseront, et cela tout simplement faute pour l’intéressé de posséder la vraie conscience de son pouvoir, la conscience des forces réelles de son vouloir. »
Max Scheler

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Benjamin Constant
 » qu’elle [l’autorité]fraie aux individus une route libre pour arriver à toutes les vérités de fait constatées3,
et pour parvenir au point d’où leur intelligence peut s’élancer spontanément à des découvertes nouvelles ;
qu’elle rassemble, pour l’usage de tous les esprits investigateurs, les monuments de toutes les opinions, les inventions de tous les siècles, les découvertes de toutes les méthodes ;
qu’elle organise enfin l’instruction de manière à ce que chacun puisse y consacrer le temps qui convient à son intérêt ou à son désir, et se perfectionner dans le métier, l’art ou la science auxquels ses goûts ou sa destinée l’appellent. »

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« Une année, j’ai proposé un dispositif : les empêchements à apprendre vus par des clowns.
C’est ce qui m’a valu de gagner un prix de l’innovation pédagogique. » (On ne ricane pas, svp !)
Daniel Gostain Penser l’école

Et
Assange
?