Des bâtons ? Débattons !

Début de la Fiction

Il est 18 heures. Comme chaque soir depuis trois jours, une « audition publique » est organisée par le petit groupe qui anime le lieu. Entre vingt et trente personnes sont présentes ; le premier jour il n’y avait que sept personnes ; le nombre augmente jour après jour.

La séance s’ouvre sur le rappel de la méthode qui a déjà été mise en œuvre les jours précédents :

« Sept personnes sont inscrites pour exposer ce soir leur ‘point de vue’, et deux ont prévu de donner une ‘leçon’. Les ‘leçons’ dureront chacune dix minutes.

Les ‘points de vue’ sont exprimés dans le document que vous avez entre les mains : leurs auteurs disposent de six minutes, montre en main, pour débattre avec l’assistance, répondre aux questions, entendre des désaccords, etc. Il ne s’agit pas de redire ce qui est écrit, mais de créer un échange.

En tant qu’animatrice, j’aurai la double tâche d’organiser le déroulement de la séance et de permettre à chacun de prendre part aux discussions. Même, et surtout, ceux qui d’habitude hésitent à prendre la parole.

Moi-même, je ne suis pas une spécialiste de l’animation des réunions. Je n’ai même jamais encore joué ce rôle devant un groupe aussi important que celui de ce soir. J’espère que vous serez bienveillants à mon égard…

Avant les prises de parole, donnons-nous encore un peu de temps pour lire ou relire le document où sont rassemblés les ‘points de vue’ du jour. Au fait, ceux d’hier peuvent être photocopiés aussi pour ceux qui ne les ont pas.

Les ‘donneurs de leçon’, eux, remettront à la fin de la séance un résumé de leur ‘leçon’. Pour ceux qui n’étaient pas là hier ou avant-hier, je précise qu’il s’agit de leçons d’instruction civique au sens large. Aujourd’hui, nous aurons droit à ‘La séparation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire’ et à ‘Qu’est-ce qu’une Zone autonome temporaire (TAZ) ?’ »

La séance proprement dite commence quelques minutes plus tard. Le premier ‘point de vue’ concerne ce que prévoit la loi pour l’expulsion sous 48 heures d’habitants de logements hors normes, abrogeant de fait d’autres lois actuellement en vigueur.

Celui qui s’exprime à ce sujet a, dans sa présentation écrite, mis en parallèle cette mesure et le manque évident de logements à un prix accessible.

Le débat s’élargit : ce n’est pas seulement pour des raisons financières qu’il faut développer l’habitat en yourtes, en camions, etc.

« Quand tu dois aller chercher du taf à l’autre bout du pays, faut bien que tu te loges quelque part, non ? »

On sent bien que six minutes ne permettent pas de faire le tour de la question. L’animatrice alloue donc à ce ‘point de vue’ six minutes supplémentaires. Les quelques personnes présentes qui vivent dans ce type de logement décident de se retrouver à la fin de la séance pour faire connaissance, et envisager de se coordonner face aux risques qui vont donc prochainement peser sur eux.

Le second ‘point de vue’ s’attache à la multiplication des caméras de ‘videosécurité’, au développement des personnels privés ‘de sécurité’ dont le nombre sera bientôt supérieur à celui des ‘forces de l’ordre’, etc.

Les échanges s’orientent vers la question « oui ou non, l’insécurité est-elle en augmentation ? ». Plusieurs points de vue s’affrontent. L’un des participants annonce qu’il veut présenter le lendemain un ‘point de vue’ bien différent de celui d’aujourd’hui, sur le thème : ‘Ceux qui n’ont rien à se reprocher, qu’est-ce qu’ils ont à craindre de cette loi ?’

Et, en presque une heure de discussion, sont ainsi passés en revue divers aspects de la loi et, surtout, de la situation dans ce pays. Certains esprits sont bien échauffés…

S’ensuivent les deux brèves ‘leçons’ qui, elles, ne font pas l’objet de débats.

Une bonne dizaine de participants reste sur place pour la soirée. La soupe est servie et certains ont apporté quelques préparations plus consistantes, à partager.

Une personne dit qu’elle voudrait bien, elle aussi, exposer un ‘point de vue’ dans les jours qui viennent mais qu’écrire à l’avance, puis prendre la parole en public, tout ça est au-delà de ses forces ! Il lui est suggéré de venir sur place à un moment de la journée qui lui convient : elle y trouvera quelqu’un pour lui donner un coup de main, car le lieu est ouvert toute la semaine sans discontinuer…

Fin de la Fiction et retour à Faire peur

Et
Assange
?