Les livres, un bien commun de l’humanité ?

G., lui, un beau jour, prétextant qu’il partait pour la Chine, a complètement vidé sa bibliothèque en déposant plusieurs centaines de livres dans une boulangerie, et autant dans une épicerie-café de campagne. La règle qu’il demanda d’appliquer fut celle de toute bibliothèque d’échange : le visiteur prend un livre – c’est-à-dire que le livre lui appartient désormais -, moyennant quoi il est invité à en apporter un autre lors de sa prochaine visite.

Ma petite exploration m’a conduit à inventorier divers modes de circulation informelle et gratuite de livres entre gens qui ne se connaissent pas. Jusqu’à hier, j’en comptais quatre :
– la bibliothèque d’échanges, comme ci-dessus,
– le livre ‘laissé sur le banc’ `(à ce sujet, il s’est écrit de multiples reportages, mais j’ai eu connaissance d’une initiative moins courante, je crois : quelqu’un qui dépose ainsi des livres, au hasard, dans des boîtes aux lettres ; de même, un lecteur de l’Humanité écrit que, une fois lu son journal, il le dépose lui aussi dans une boîte aux lettres, différente chaque jour ; mieux une autre personne veut inonder de livres les boîtes aux lettres d’une ville, en forme de potlach géant),
– le livre mis en circulation – ‘circulation’ est bien le mot approprié – par quelqu’un qui y a mentionné ses propres noms et coordonnées dans le but de le récupérer en bout de course, et qui a ajouté 4 ou 5 cases où chacun des lecteurs successifs de ce livre passant de la main à la main sont priés de mentionner tout autant leurs nom et coordonnées. But : créer une petite communauté de lecteurs d’un même livre.
– Le container dédié à l’exposition de livres, bien rangés sur étagères où chacun peut en prendre comme en laisser ; initiative de la déchèterie d’une grande ville.

Or voici qu’une fripière m’expose une nouvelle manière de faire. Chez elle, pas de livres exposés, seulement une liste de livres que tel ou tel client, ou la commerçante elle-même, souhaite voir circuler. L’on peut se renseigner dans le magasin, et prendre rang pour emprunter le livre désiré lorsqu‘il sera libre.
– Vous savez, les bonnes âmes qui me prétendent que mieux vaudrait une bibliothèque d’échange ici, j’ai appris à ne plus les écouter : ces personnes sont les premières à avoir de bonnes idées, mais les dernières à passer à l’acte. Pour les livres comme pour le reste !

Et
Assange
?