L’heure des totalitarismes

Chaque semaine de Covid qui s’égrène nous fait guetter ce qui va encore nous tomber dessus, depuis un « là-haut » politique hors sol en tête d’épingle, prestement affranchi de tout contrôle.

Une sourate du Coran énonce, paraît-il, que le fidèle doit soumission à ceux qui détiennent les postes de commandement. Or c’est ce même devoir d’obéissance absolue qui nous est fait à tous, comme jamais : « À la niche ! Au pied ! ou gare au bâton… ».

Sans être intégralement dictatoriale, une situation peut tout à fait être totalitaire : il suffit d’une puissance de commandement impératif qui parvient à nous pénétrer intimement, concerner la totalité de notre existence, et se faire admettre comme allant de soi, les déviants devenant suspects ou ennemis aux yeux de la majorité.

Réfléchir au totalitarisme économique aide à le comprendre. L’ultracapitalisme fait maintenant si bien partie de nous-mêmes que « économie » ne peut rien signifier d’autre que « économie capitaliste » : There is no alternative.
Nos comportements dans le domaine économique, comme nos mentalités, ont été dressés efficacement : nous peinerions longtemps à nous débarrasser du productivisme-guerrier ravageur puisque le dogme prétend – jusque dans les universités ! – qu’il est na-tu-rel. L’organisation des tâches qui en découle dans les entreprises et organisations l’inscrit en très dur dans les cœurs et dans les corps.

Mais ce totalitarisme économique n’est pas le seul : nous sommes sous la coupe, ou la menace, d’encore au moins trois autres totalitarismes.

En un an, le totalitarisme politique vient de faire un pas gigantesque, se nourrissant goulûment de coronavirus. « There is no alternative » nous serine-t-on cette fois encore ? Presque tout ce qui est horizontal est pourchassé, disposer d’une information non partisane est plus difficile que jamais, exprimer franchement ce qu’on pense devient des plus aventureux, l’inquiétude se banalise dangereusement. Par-dessus le marché, aucun contrôle de l’exécutif n’est en vue.
Eût-on pu imaginer meilleure mise en jambes pour un régime d’extrême droite ?

De même, le totalitarisme numérique vit de très très beaux jours. Ses conséquences pourraient s’avérer bien plus terrifiantes que celles des Trente Glorieuses. La jeunesse mondiale s’y enivre gratis et le plébiscite : « Longue vie au président Huawei ! », pourrait-elle chanter…
Difficile d’échapper à ses rets, de toute façon : le non-pratiquant du smartphone n’est déjà presque plus un humain.

Quatrièmement, l’actualité se charge, de temps à autre, de nous émouvoir au sujet d’une extrême-droite en habits d’islam, traçant tranquillement son chemin, ici comme ailleurs.
Qui ne suit pas aveuglément les instructions des zélés propagateurs du prophète serait un infra-humain (tout comme quiconque n’est pas équipé d’un smartphone). Hélas, l’histoire a déjà joué ce type de scénario, pour des buts qui n’avaient de religieux que l’habit : car c’est vraiment précieux, un monothéisme, pour déguiser une conquête !

Or, moins nous pratiquerons l’horizontalité, plus la conjonction de ces quatre aura les coudées franches pour nous faire entonner : « Vertical, nous voilà ! » ? Jusqu’à n’en plus finir ?

Peut-être l’heure est-elle vraiment vraiment grave.

Ça ne fait pas de mal de lire, à ce sujet, le roman de Houellebecq « Soumission ».

Et
Assange
?