Allez Médor ! Va chercher !

Une scène du documentaire Première Campagne (2019), telle que rapportée par Acrimed W
La consigne de la rédaction de France 2 est claire : trouver « des gens qui a priori veulent voter Hamon, mais face à la campagne qui patine, face au risque Le Pen, face à la dynamique Macron, s’interrogent, sont curieux et viennent au meeting [de Macron]. »
Un scénario préemballé depuis Paris, qu’Astrid Mezmorian va chercher à plaquer sur le terrain indiqué.
(…) « Cherchons hamoniste », dessine-t-elle au stylo-bille, en grosses lettres sur un A4. Éjectée d’une voiture au pied de la file d’attente du meeting, la journaliste dispose d’une demi-heure pour tourner et envoyer deux micros-trottoirs à la rédaction. « Bonjour, excusez-moi de vous déranger, je suis journaliste pour France 2. On a une recherche un peu spéciale. » Et de continuer parmi les badauds : « En fait je cherche des gens qui a priori auraient plus envie de voter Hamon, mais qui viennent se faire une idée sur Macron. C’est votre cas ou pas du tout ? »
Peinant à mettre la main sur le bon client, sorti de l’esprit de Nathalie Saint-Cricq, la journaliste s’impatiente :
« Il n’y a aucun hamoniste ici ?! Il n’y a personne qui veut voter Benoît Hamon ? Non ? » Visiblement non.
Quelques instants plus tard pourtant, elle croit toucher au Graal : « Mais dites-moi si je me trompe, est-ce qu’on peut résumer votre pensée en disant que finalement, votre vote de cœur, ce serait Hamon, mais qu’avec tout ce qui se passe autour, c’est-à-dire la montée de Marine Le Pen, une certaine dynamique créée pour l’instant par Emmanuel Macron, vous pourriez vous dire que le vote utile, c’est lui ? »
Caramba !
« Non pas du tout », répond l’interviewé.
Fin de partie ?
Pas vraiment. Car in extremis, le messie tombe du ciel : « J’ai voté aux primaires pour Benoît Hamon et je viens écouter Emmanuel Macron parce que je crains d’être obligé de faire un vote utile pour éviter l’arrivée de Marine Le Pen au pouvoir. »
Sourire aux lèvres, Astrid Mezmorian ne cache pas son soulagement : « Merci beaucoup. Merci Monsieur, c’est parfait ! C’est super ! »
Et les rushs sont envoyés à Paris, juste à temps pour le 20h.

À la télévision, quelques minutes plus tard, la grand-messe lance le produit fini :
« Gauche : le doute des électeurs socialistes ». « Militants et sympathisants socialistes s’interrogent : faut-il un vote de conviction ou un vote utile ? » demande une voix off (écrite à la va-vite depuis Paris) qui poursuit après plusieurs micros-trottoirs :
« À Bordeaux ce soir dans la file d’attente du meeting d’Emmanuel Macron, certains sympathisants de Benoît Hamon, curieux et indécis. »
S’enchaînent alors les deux témoignages récoltés par Astrid Mezmorian. Mais aucun indice ne permettra aux téléspectateurs de savoir que ce profil d’électeur était de toute évidence ultra-minoritaire.
[Sujet diffusé au 20h de France 2 le 9 mars 2017]

A la lumière de ces faits, lisons maintenant cet article W, plus actuel : « J’étais antivaccin. Et puis, quand j’ai vu ce créneau, j’ai eu un déclic ».
Les paris sont ouverts : Oui ou Non, le correspondant du Monde Richard Schittly a-t-il été soumis au SSC (Système Saint-Cricq) et envoyé chercher le nonosse, tout comme sa confrère Astrid Mezmorian quatre ans plus tôt ? ?
Quelle que soit la raison pour laquelle cette « information » a été mise en exergue par le quotidien neutre de l’après-midi, il y en a bien une, non ?

Dans un autre article du même journal destiné à la sieste des Parisiens, tout se passe comme si un autre journaliste, William AudureauW, avait eu à rédiger le devoir : « Montrez qu’on a raison de dire que ‘les complotistes croient aujourd’hui avoir eu raison, mais qu’en réalité ils ont tort, conformément à ce que nous écrivons depuis le début. »

Parfois, des journalistes sauvent (un peu) l’honneur et estiment que la coupe déborde(W)
« Le micro-trottoir, tellement plus facile que de réfléchir, anticiper et caler des interlocuteurs à l’expertise plus développée. Vite fait, bien (ou mal) fait, le reportage sera disponible dans l’heure, et la case covid remplie.
Non seulement ce degré zéro du journalisme n’est pas digne du service public, mais il ne parvient pas à masquer l’indigence de la ligne éditoriale en vigueur depuis des mois dans notre rédaction.
Quand notre encadrement nous pousse sur le trottoir, c’est notre déontologie qu’elle met au caniveau. »

Il y a encore BEAUCOUP, BEAUCOUP, BEAUCOUP à dire sur ce qu’est devenu le fameux « quatrième pouvoir ». TémoignageW

On n’a peut-être que l’info qu’on mérite…

Et
Assange
?