Apprendre à désobéir

Et, bizarrement, cette même semaine, je rencontre N. qui m’entreprend à peu de choses près sur le même sujet : elle appartient à un petit groupe en train d’élaborer un « manuel de désobéissance à l’usage des enfants du primaire »… Bigre !

Certes, je partage avec elle l’opinion que l’exercice politiquement le plus souhaitable concerne la désobéissance à l’autorité dite légitime. Mais comment aborder la question avec des enfants ? A fortiori avec des enfants ayant un problème inverse, souffrant – toutes catégories sociales confondues – de ne rencontrer que des autorités faibles ou délégitimées, potentiels gibiers de prison ou de religion, selon !

Je ne disconviens pas que l’éducation d’un enfant doive comporter l’expérience régulière de la désobéissance aux parents et aux maîtres : ça peut commencer par l‘école buissonnière, et prendre de multiples autres formes. De même est-il souhaitable qu’un adulte fasse périodiquement l’exercice de désobéir aux chefs, aux médecins, refuser une première fois de voter, s’essuyer le derrière de la main droite quand on est musulman etc. C’est ainsi que des chances existent que le flic-fantôme qui nous habite se voie défenestrer progressivement. Oui, je suis plus que d’accord, c’est là une condition pour oser prendre de la distance d’avec les flics qui nous enserrent pour de vrai, et pour – indépendamment des pressions de toutes natures auxquelles nous prêtons si facilement le flanc – oser adopter l’attitude qui nous semble juste à un moment donné, etc.

Mais tout de même : comment rédiger pour des gosses un manuel à ce propos ? N. me répond que la difficulté est effectivement colossale, que le groupe a successivement pris le problème sous divers angles, et que rien ne prouve que, au bout de deux ans de tentatives, l’actuel soit le bon. Sa principale satisfaction : que, la durée aidant, divers adultes se soient intéressés à la démarche, en expérimentant très concrètement des recommandations avec des enfants. Des enfants pour qui ils ne constituent pas l’autorité légitime de premier rang, me précise-t-elle.

Oui, mais : comment un professeur des écoles pourra-t-il se saisir d’un tel manuel ? Selon N., le titre n’implique aucunement que résulte de ceci un livre à destination des écoles, ‘manuel’ et ‘primaire’ n’étant là que comme pied de nez au genre officiel dit éducatif. Un livre pour les parents, alors, comme il en pleut tant ? La contradiction est tout aussi patente ! A.-F., mère de famille avec qui j‘en parle ensuite, n’admet pas cette contradiction : l’enfant disposant de cette propension à désobéir, il est tout à fait loisible au parent conscient de le guider délicatement dans cette voie ; par exemple en modulant les sanctions selon le degré de danger couru par l’enfant qui désobéit.

Réponse de N. : peut-être n’y aura-t-il jamais de livre, tout simplement… C’est le processus de son élaboration qui, dès à présent, donne des résultats. La question a touché divers adultes que soucie la question de l’autorité, ô combien problématique aujourd’hui. Ils y ont trouvé l’occasion d’une réflexion, d’expérimentations et d’échanges sur un mode inhabituel.

Et
Assange
?