Publier

E. écrit un peu. Par périodes. Des textes courts. Qu’il souhaite porter à la connaissance d’autres personnes.

– D’autres personnes, mais pas d’un ‘public’.

– Que voulez-vous dire ?

– Comme beaucoup, je veux absolument trouver une solution pour diffuser autrement que sous forme de livre. Celle à laquelle je pense en ce moment consiste à publier ‘à l’unité’.

– Via ce ces imprimantes professionnelles qui, à partir d’un fichier Word, vous sortent dix exemplaires d’un livre tout fini ?

– Non ! Ce n’est pas du tout dans cette direction que je me dirigerai. Je compte acquérir une presse à main qui, à partir de compositions typographiques, me permettra d’imprimer deux pages au recto, et deux pages au verso. Quatre pages suffisent pour publier par fragments ce que je suis en train d’écrire.

– Pourquoi pas un blog, pour publier au fur et à mesure où vous écrivez ?

– Pourquoi, je ne sais pas. Je ne peux pas vous dire pourquoi. Peut-être parce que j’estime que ce que j’écris mérite mieux ! (Rires) Plus sérieusement, mon idée est de donner à quelqu’un de particulier un exemplaire particulier. Au besoin numéroté, d’ailleurs.

– Vous dites ’donner’ : ce sera gratuit ?

– Non, non, ce sera payant. Mais ce qu’il s’agira de payer, ce ne sera pas mon écrit. Je veux d’abord et avant tout que l’édition proprement dite ne me coûte pas. Il s’agira donc de rentrer dans mes frais : l’achat de la presse, des caractères typo, du papier un peu spécial, mon déplacement vers le lieu de vente, et tout ce qui s’ensuit. Peut-être même faire une marge là-dessus, pourquoi pas, mais ce ne sera pas pour tout de suite !

– Votre écrit, lui, n’a pas de prix ?

– C’est tout à fait ça ! (Rires) Ce que j’écris est hors de prix !

– Et où vendrez-vous ça ?

– Je donnerai quatre pages par ci quatre pages par là, au gré des circonstances. Sorties de métro, marchés, etc.

– C’est un marché parallèle, ça, non ?

– Le marché du livre est entre les mains de nos ennemis. Je suis tout bonnement déserteur.

– Je ne comprends pas.

– Vous connaissez Lactalis ?

– Lactalis truste le lait des vaches, des brebis et de tout ce qui s’en rapproche. Le fleuve des laits débouche dans la mer des places boursières.

– Je ne vois pas le rapport.

– Editis fait la même chose dans le domaine des livres. Pour ces gens-là – mais sont-ce encore des gens ? ne sont-ce pas plutôt des ogres ? – un livre est d’abord une minuscule goutte d’eau dans l’immense fleuve à fric qui nous étouffe.

– Un peu fort de dire que le fric nous étouffe !

– Il coule à flots à l’étage au-dessus. Mais, c’est vrai, il n’y a pas d’escalier pour y accéder…

– Et l’ascenseur est en panne…

– Pour s’y baigner, faut venir par hélico !

– Mais déserter, comment ? A vous entendre, il faudrait déserter toute activité où l’on alimente la pompe à phynances !

– A chacun sa désertion ! La mienne, je vous l’ai décrite.

– Il est vrai que si votre écrivage se rapporte à votre ramage, vous avez peu de chances de vous faire éditer par Editis !

– Détrompez-vous : Editis fait aussi du fric avec la littérature qui dérange ! Et même beaucoup de fric…

– Exemple ?

– Eh bien, connaissez-vous les éditions de La Découverte ?

– Oui, un peu. C’est une maison respectable.

– L’achat de La Découverte par Editis est l’une des multiples opérations juteuses qui lui a permis de gonfler son catalogue global, avant revente. Résultat : un bénéfice plus qu’insolent. Dans ce monde-là, tout fait fric ! Tout, absolument tout !

– Et vous, Don Quichotte, vous enfourchez votre destrier…

– Vous ne le savez sans doute pas mais je suis moi-même l’un des milliers de salariés de Lactalis. Ne me demandez pas d’aller au-delà de cette compromission : ce serait trop pour une même personne !

Et
Assange
?