Bali Tourisme

En touriste, je parcours le nord de Bali depuis deux mois. Je vais de homestay en homestay. Et j’observe la réalité des Balinais : vie quotidienne, productions agricoles, cérémonies, etc.
Dans la pratique, et au quotidien, je m’ébahis devant la très grande hospitalité des habitants.
Passant à pied devant une modeste cabane, je me vois interpeller par un homme « Avez-vous déjà mangé ? ». Cet inconnu me proposait tout simplement de partager le riz.

Puisque le tourisme balinais a connu des excès et de graves erreurs – sur lesquels je ne peux rien dire de précis, car je ne connais absolument rien de l’industrie touristique de l’île -, je me suis posé une question :
Que pourra être à l’avenir à Bali des formes de tourisme aussi respectueuses que fructueuses ?
Fructueuses, dans le sens d’une réussite économique, j’entends. Mais à quel prix?

Un jour, nous nous promenons, ma compagne et moi, en périphérie d’une petite ville côtière.
Nous longeons un kampung lorsqu’un jeune homme répond à notre salutation et nous invite à entrer boire quelque chose. Nous acceptons.
Sur le bale, nous échangeons en anglais quelques propos avec les divers membres de la famille, tout en dégustant le café balinais. Et, au moment de nous séparer, nous voici en possession de rambutan, mangues, cacao et miel.
Que nous avons payés, pensez-vous ? Pas du tout !
Nos hôtes refusent obstinément que nous parlions d’argent, alors que ces productions de la famille sont, par ailleurs, vendues.
J’ai réalisé un photoportrait de chacun, dont nous sommes revenus, quelques jours plus tard, apporter des tirages sur papier.
Cette rencontre reste pour moi l’une des plus marquantes de mon séjour sur cette « île des dieux ».

D’autres ménages pratiquent l’hospitalité de manière marchande, et c’est ainsi que l’île offre de très nombreux homestay familiaux, dont l’ambiance est tantôt plus hospitalière que marchande, mais aussi tantôt l’inverse.
Dans cette famille qui nous accueillit, la cloison est apparue étanche entre l’hospitalité et le marché.
Pourquoi la scène que je viens d’évoquer est-elle si marquante pour moi ?
Sans doute en raison de cette cloison.

Je me demande comment le marché pourrait ne pas dévorer progressivement, et naturellement, la vie quotidienne, au point de mettre carrément fin aux pratiques hospitalières si naturelles des Balinais, et à leur organisation du quotidien qui permet à une famille entière de prendre ainsi le temps de bavarder longuement sur le bale

Une question générale me vient à l’esprit : un revenu suffisant permet-il que les mœurs ne soient pas affectées par l’argent ?
Ou bien, au contraire : davantage de revenus n’alimente-t-il pas une soif de davantage de revenus ?
Sûr et certain que, si l’avidité prend le dessus, la catastrophe s’annonce.

Les touristes, ici, apparaissent probablement aux yeux des Balinais comme tous riches.
Oui, bien entendu, il vient dans l’île des touristes riches et même hyper-riches.
Mais les autres ? Comment une rencontre peut-elle s’opérer avec des non-riches, au profit des uns comme des autres ? C’est l’un des sens de mon interrogation sur un tourisme « fructueux ».

Visitant, ailleurs, une région de production maraîchère intensive, je me suis demandé si des rencontres, ici, entre maraîchers balinais et maraîchers d’autres régions du monde seraient fructueuses tant pour les uns que pour les autres. Ce serait, je crois, à essayer. Mais pas dans n’importe quelles conditions, toutefois. Voici une piste.
Des rencontres sur le terrain pour créer le contact sur la base de ce qui rapproche plutôt que sur la base de l’exotisme.
Ce qui distingue mérite tout autant d’entrer dans la relation, bien sûr, mais dans un second temps : il est bien clair que la vie des uns comme des autres n’est pas faite que de connaissance de plantes, de techniques culturales, d’évolution du climat, de recherche de rendement, d’accès aux ressources (eau, électricité, terre, crédit, etc.) ; les uns et les autres vivent dans des cultures dont les mœurs, les climats et les valeurs sont bien différents, et il est important de dépasser les a priori (des uns comme des autres) à ce sujet aussi : comment et à quelles conditions une rencontre la plus riche peut-elle s’effectuer ?

Faut-il creuser la piste d’une réciprocité équitable ?
Pas aisé ! Dans d’autres domaines, des tentatives n’ont pas prouvé leur pertinence.
Il me semble pourtant que, sans une énorme proactivité dans cette direction, les prochains développements de la mondialisation pourraient être encore plus cruels pour les humains que ce que nous observons d’ores et déjà.
Et il le revient encore ceci. Parcourant la campagne, je rencontre un enclos où vivent quelques cochons noirs. Je m’arrête pour observer l’élevage. A à quelque distance, un homme sort de sa maison de planches ; j’imagine qu’il pourrait s’offusquer de mon comportement, mais pas du tout : il me demande si j’ai mangé, autrement dit, si j’accepte le riz qu’il veut me proposer.

Et
Assange
?