Prévention des risques à Bali

Mon arrière-grand-mère faisait régulièrement une cure thermale en montagne. Elle n’était pas vraiment malade-malade, mais son médecin la lui recommandait d’un « ça vous fera le plus grand bien ; et puis, c’est pris en charge par la Sécu ».
Ma petite-fille m’annonce qu’elle fait actuellement une monodiète de raisin. Elle non plus n’est pas malade, mais elle estime que sa vie stressante pourrait lui causer des soucis de santé, et donc « pour renforcer ma capacité de résistance, je dois me désintoxiquer régulièrement. Ce serait irresponsable de ne pas le faire. On trouve, d’ailleurs, des tas d’articles là-dessus dans des magazines ».
Mon beau-frère fait un « mois sans alcool » comme promu par une chaîne de télévision. Il ne se croit pas alcoolique, mais « on ne sait jamais » et puis « mieux vaut prévenir que guérir ».

Les rituels balinais-hindu pourraient bien constituer, eux aussi, des actes de prévention.
À la réflexion, « de conjuration » serait un meilleur terme.

Deux différences majeures, toutefois, d’avec les cas précédents :
– la majorité des cures rituelles balinaises ne sont pas individuelles, mais collectives,
– elles ne se limitent pas chichement à l’organisme physique humain : elles visent le Tout, tout simplement.

Oui, je crois que les rituels de la religion hindu-balinaise pourraient, en effet, s’interpréter essentiellement comme des actes de prévention-conjuration. Car les Balinais savent pertinemment que l’équilibre harmonieux de l’organisme primordial « Univers/Humains/Esprits » menace, à tout moment, d’être rompu. Ce risque doit donc être activement, multiplement, fréquemment et régulièrement conjuré. Et puisqu’ils connaissent la recette, ils seraient bien stupides de ne pas la mettre en œuvre !

Car un organisme complexe, c’est fragile : certaines parties peuvent vouloir « jouer perso », contre l’équilibre de l’ensemble ; il faut donc les en empêcher.
Mais, nuance : à Bali, empêcher n’est pas supprimer ! Les rituels balinais ne visent pas du tout à éliminer les éléments perturbateurs qui créent de tels dysfonctionnements. Il s’agit seulement de prendre les bons moyens pour qu’ils restent bien à leur place. Ainsi fait-on barrage aux démons pour qu’ils n’interviennent pas, qu’ils restent à leur place.
Oui, ça coûte des fortunes (coût de la religion à Bali : 30% du PIB, m’a-t-on assuré !), mais puisque c’est le prix à payer…

Dans un tout autre ordre, un déséquilibre au niveau géo-stratégique constitue un type de menace particulièrement grave, lui aussi. S’il faut que je me dote d’une force de frappe thermonucléaire pour éviter que l’Autre vienne déséquilibrer le système que je forme avec lui, eh bien, sans hésiter, je me dote de ce qu’il faut : car je dois à toute force le contraindre à rester à sa place. Sinon, notre système disparaît, purement et simplement !
Les administrés le comprennent très bien. Oui, bien sûr, ça coûte des fortunes, mais puisque c’est le prix à payer !

Quant à savoir si ces moyens préventifs sont efficaces, point n’est besoin de preuves. L’essentiel est de disposer de ces moyens rendus crédibles par les portiers d’opinion que sont les médecins, prêtres, gourous, scientifiques, politiques, médias, etc., et de les mettre correctement en œuvre ; en suivant un rituel bien établi de longue date, l’on est sûr de le faire comme il faut.
Le rituel devenu alors « the » garantie de la réussite, constitue même l’essentiel de l’opération.

Et
Assange
?