C’est Comment ?

Comme souvent, c’est trop gauchement que je saisis ce soir-là le contenu de ma boîte aux lettres, en tentant de séparer le bon courrier de l’infect déchet publicitaire.

Sauf que, voilà, les courses que je ramenais si fièrement pour l’habituel tête à tête du mercredi avec mon comparse, s’en trouvèrent déséquilibrées et… (qu’on m’excuse de ne décrire ici ni le résultat immédiat, ni les bizarres conséquences ultérieures de cet événement sur notre couple).

Mon objet est autre.

Il s’agit du quatre pages qui s’était glissé parmi les courriers, intitulé C C.

C’était pas de la pub, c’était une feuille de chou sur un beau papier légèrement ocre.

C C ? c’est quoi, ce truc-là ?

Je me retins plus ou moins de penser méchamment « Ils savent vraiment plus quoi inventer ! »

Je me rappelai que nous sommes en une de ces périodes électorales que je qualifierais d’électrique. Raison de plus pour ne pas m’y intéresser.
Le lendemain du tête à tête (qui fut l’un des plus mémorables de toute notre histoire, soit dit en passant), mon compagnon me demande si j’ai lu cette publication, intitulée C C.

Je lui réponds que non, et que je doute fort que ça soit intéressant.

C’est intéressant ! me fait-il. Sais-tu qu’il t’arrive d’avoir tort ? Tu verras, ça va te plaire.

Bon, j’verrai ça ce soir.

Tu connaîtrais pas quelqu’un qui habite vers le 44 rue Droite ?

C’est où, ça, la rue Droite ?

I’m’semble que c’est dans le quartier. Mais je file. Surtout, ne ramène rien cette fois, je m’en charge. Je rentrerai tard.

Et puis, il reste des raviolis.

Le vachard !

Deux jours plus tard.
Dis donc Evo, tu l’as vraiment lue, cette feuille C C ?

Ben oui, sinon j’n’aurais pas imaginé que c’est intéressant pour toi, idiot !

Tu as raison. C’est pas banal du tout. Et puis, oui, c’est intéressant, je reconnais. En tout cas intriguant. Et toi, connais-tu quelqu’un qui habite rue Droite ? J’vois pas où elle se trouve cette rue Droite.

Description.
Il s’agit d’un 4 pages A5 sur papier 80 gr légèrement ocre. Mais ça, je l’ai déjà dit.

C C s’avère être l’acronyme du début de la question « C’est Comment ? »

Et le détail en est « C’est Comment : Encourageant ou Désastreux ? »

Des « brèves » peuplent les 4 pages : quelques lignes pour résumer des informations dont la plupart des gens ont pu avoir connaissance il y a quelques jours, ou pour énoncer un commentaire.

J’ai compté, il y a 18 brèves ou commentaires.

Un exemple.

« Des journaux à grand tirage s’excusent auprès de leurs lecteurs pour avoir publié des erreurs, avec insistance : au Danemark et en Allemagne à propos du Covid ; et aussi en Nouvelle-Zélande pour avoir calomnié les Maoris durant 150 ans… »

Commentaire : « Quand les dirigeants d’un pays et leurs informateurs affidés proclament qu’un vaccin vite-fait empêche d’être contaminé et de contaminer, pourquoi ne font-ils pas, eux aussi, amende honorable, ne serait-ce que lorsque le mensonge est archi-patent ? »

Cette brève me fit d’abord imaginer que ce C C tenait une place dans la campagne électorale en cours.

Cet autre exemple, par contre, laissait penser que non.

« Taïwan est en ce moment une terre d’accueil pour des HongKongais fuyant la main-mise de Pékin. Y connaîtront-ils pareil sort ? »

Le groupe Facebook du quartier commençait d’évoquer ce C C. L’une de ses grandes gueules habituelles éructa contre ce qu’il appelait une « violation de domicile » : oser introduire un tel document dans sa boîte aux lettres, et puis quoi encore ? Une certaine A. », qui ne s’exprimait quasi-jamais dans ce groupe, proposa qu’on se pose franchement la question « Cette feuille de chou, C’est Comment : Encourageant, ou Désastreux ? ».

Hum ! cette personne était-elle dans le coup, voire à l’origine de l’initiative ? Y avait-il un groupe, là derrière ? »

Figure-toi, Evo, que je reviens à l’instant du 44 rue Droite.

L’adresse où s’informer stipulait joyeusement:

« Je suis Jean, le mari d’Agathe, au 44 rue Droite.

La sonnette fonctionne.

Il y a généralement quelques bières à la cave. »

A priori excentrique, non ? Du moins de nos jours où l’autoroute des relations sociales est pavée de numérique. Et puis, se présenter comme « le mari de »…

Quoi qu’il en soit, je l’ai donc rencontré, ce Jean.

Hémiplégique. Cloué à domicile depuis 3 ans, suite à un accident de travail.

J’en ai eu marre de n’être qu’un terminus pour circuits d’information. J’ai toujours eu plaisir à me tenir informé. Pourquoi ? je n’en sais rien, mais c’est comme ça. Depuis que je suis quasi-immobilisé, c’est même devenu mon activité principale.

Terminus ?

Ben oui, on pourrait même dire déchetterie ultime ! Qu’est-ce que tu peux bien faire de ces milliards d’infos ?

Et donc ?

Et donc cette idée : remettre les infos en circulation au lieu de tenter de les digérer en solo dans mon coin. Par ailleurs, je n’ai guère de contacts dans le quartier, et j’ai pensé que je pourrais y remédier. Et puis, ces cachotteries instituées auxquelles nous a entraînés cette pandémie…

Jean, votre démarche me semble tout à fait exceptionnelle.

En fait, vous savez, j’en pouvais plus de ne rien produire. Si ce n’est, comme tout le monde, des montagnes de déchets pour nos poubelles, bordel de merde !!!

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