Gens du voyage

Hier soir, contrôle de police. Trois policiers bien en forme, tout en me faisant savoir que le parc où s’est dressée ma tente n’est pas fait pour ça – et en me laissant bien tranquille à ce sujet, bien qu’ils m’y aient déjà repéré avant-hier -, me demandent si je sais où se trouvent les ‘Roumains’ qui étaient mes voisins la nuit précédente : ‘On les cherche’ (au double sens du mot ‘cherche’ ?).

Carnet en main, je mentionne haut et fort ma qualité de ‘gens du voyage’.ça ne leur fait ni chaud ni froid. Il est clair que, ce soir, ils veulent se faire du ‘Roumain’. Au vu des fameuses circulaires de cet été, les gens du voyage ont pourtant toute leur place dans les chiffres qu’ont l’obligation de ‘faire’ les services préfectoraux : ce sont juste deux formulaires différents à remplir. Remplisse qui pourra, d’ailleurs ! car, que je sache, les deux se superposent parfois, non ?

Mais non, évacuer le petit campement d’un seul et unique ‘gens du voyage’ isolé, ça ne ‘chiffrera’ sans doute pas assez. Je ne suis pas « en réunion »…

Ordoncques, sus aux Roms. Pardon, aux ‘Roumains’.

Quand bien même ils seraient Bulgares…

Le même entretien policier nocturne révèle l’argumentaire dont ont sans doute été briefés les ‘services’ (au fait, le ministre Boutefeux en personne était de passage la veille dans le département, histoire de dédouaner l’état d’un meurtre commis par un récidiviste vite libéré, mais c‘est une autre histoire…) :

les ‘Roumains’ des policiers sont des gens qui laissent des détritus après leur passage, voilà ! Tandis que moi, toujours selon leurs dires, je n’ai rien laissé traîner la veille : toute la différence…

Sus policier à la pollution, donc !

Même sujet, et même problématique du ‘sale’. Le quotidien La Croix exposait hier l’avis d’un lecteur au sujet des deux poids et deux mesures qui permettent d’ostraciser les Roms. Il exposait combien de cochonneries sont déposées dans la rue par des gens tout-ce-qu’il-y-a-de-bien (j’ai omis de noter son qualificatif exact) : crottes de chiens, poubelles mal fagotées, ‘encombrants’ laissés au bon vouloir de qui voudra, sans oublier les pieds négligemment posés sur les banquettes des transports publics.

Il n’oublie pas, le lecteur de La Croix, les journaux gratuits en tous genres dont on peine à se débarrasser. Et l‘on pourrait y ajouter les supports de pub sur papier en tous genres, les pubs sans papiers, les emballages dits ’perdus’. Et l‘on pourrait citer ainsi quantité de pollutions qui ne sont le fait non d’individus mais de l’ossature même de la société, celle qui la ‘fait vivre’, celle qui ‘donne’ des emplois, etc.

Oui mais voilà, c’est comme au cinéma où le bon a le droit de tuer mais pas le méchant (c’est d’ailleurs à ça qu’on les distingue les uns des autres) : les Roms font sale dans le décor, tandis que les autres sont cool !

Pour ma part, je me dis tout simplement qu’un pays – ou une Europe, c’est comme on veut – qui est capable de racheter aux banquiers insatiables des milliards d’avoirs polluants qu’ils ont impunément fabriqués de toutes pièces devrait être capable d’inventer quelque chose de convenable, en y mettant le prix, pour donner à des Roms des moyens de faire face au malheur qui les guide ici et à celui qu’ils y trouvent.

Or ça ne se fait pas.

Il est clair que si ce même pays pouvait exécuter publiquement ces chercheurs d’espoir, Roms et autres immigrés qu’aspire notre supposé bonheur occidental, il ne s’en priverait pas. Ce type de dissuasion serait bien plus efficace qu’une prime au retour volontaire !

Faudrait s’inspirer des Chinois.

Ou les leur envoyer…

Lu dans la presse lilloise un reportage sur des Roms en Roumanie. Au détour de l’enquête, des expulsés lillois d’il y a un mois, tout à la joie de rencontrer un journaliste lillois, lui assurent que d’ici peu ils seront à nouveau dans cette ville qu’ils ont appris à connaître…

Nous sommes nombreux à ne pas tenir en place dans la place à laquelle nous sommes assignés.

C’est ça le vrai danger, non ? La rom’isation de la société est en route. Aussi les campements ‘quels qu’en soient les occupants’ doivent-ils être évacués ( merci à l’opinion publique d’avoir permis à Boutefeux d’élargir sa cible…). Crever l’abcès tant qu’il n’a pas pris de trop grosses proportions.

à suivre. Car de grosses proportions, il se pourrait bien que ça arrive tout d‘un coup…

Et
Assange
?