L’anti-conférence

Voici une réflexion que j’ai diffusée en 2018, quand des profs d’université voulaient éclairer les Gilets Jaunes de Montreuil.
Question : des personnes qui soutiennent les Gilets Jaunes, et qui en savent plus qu’eux sur une question, peuvent-elles leur apporter quelque chose sans les écraser de leur savoir ?

Supposons que je sache pas mal de choses sur « Actions légales / Actions illégales », ou sur tout autre sujet : « Tout le pouvoir à la base », ou « Quelles guerres mène la police ? », ou « C’est quoi, la démocratie directe ? », parce que j’ai déjà eu à m’interroger là-dessus ou à pratiquer, et que j’ai donc eu l’occasion d’apprendre à ces occasions.
Je suis peut-être un militant, ou un prof de science politique, ou que sais-je…
En tout cas, j’ai le souci de partager.
Je suis donc disposé à communiquer ce que je sais ou crois savoir.

Voici ce que je trouverais normal, si on me demande un « exposé pour introduire un débat »» (c’est souvent formulé comme ça, non ?) :
– Il y a un ou des pilotes de la séance (modérateurice, etc.) qui n’est surtout pas moi, le « conférencier ».
– Je ne prends pas la parole avant que le sujet ait été un peu défriché en commun par les participants, en grand groupe :
par exemple, un temps a été réservé pour que les divers aspects de la question soient formulés par ceux venus « assister » (c’est utile à la fois pour moi et, peut-être surtout pour les membres de ladite « assistance » : il s’agit de créer un moment d’intelligence collective) ; on a noté ces points pour les reprendre plus tard.
– En entendant ce qui s’exprime, je prends moi-même un peu de temps pour mettre au clair ce que je commencerai par énoncer tout  l’heure (je suis certes venu avec « des choses à dire », mais je ne dois peut-être pas m’y prendre comme je l’avais envisagé).
– Le modérateurice me donne la parole pour 6 minutes, au bout desquelles je m’arrête, (sinon la gardien du temps m’arrête…). Ça veut dire que je fournis un paquet qui se tient comme un petit tout en 6 minutes (oui, ça demande un peu d’entraînement).
– Durant au moins 6 minutes aussi, l' »assistance » parle : non pas à moi, mais entre voisins. J’écoute un peu ce qui se dit, mais ne prends pas du tout la parole durant cette séquence.
– Le modérateur me redonne la parole pour 6 minutes.
– Même alternance autant de fois que nécessaire / souhaité.
– A la fin de mon « topo en tranches », les personnes de l’assistance sont invitées à me questionner, ou à donner leur point de vue ; le modérateurice aura insisté sur le fait que celleux qui ne prennent habituellement pas la parole le fassent cette fois, les grandes gueules étant invitées à se retenir (le fait d’avoir parlé entre voisins auparavant a, entre autres, pour but de permettre aux plus réservés d’oser se mouiller devant toute l’assistance, cette fois).
– Je ne m’empresse pas de reprendre la parole, même si j’ai des « réponses » ou des commentaires à faire.
– Un débat général a lieu à ce moment-là, auquel je ne participe PAS. La parole peut être distribuée par la personne la plus jeune de l’assistance pour éviter les effets de pouvoir. Le modérateurice résume parfois, interroge, interrompt les trop bavards, etc.

– Je suis supposé avoir enregistré pas mal de choses (ben oui, j’en aurai appris, forcément !) ; j’ai maintenant à nouveau droit à la parole pour répondre, éclaircir, poser moi-même des questions, etc.
Et, pour compléter, je propose de poster en ligne, sous 48 heures, un exposé plus complet tenant compte de ce qui s’est dit durant cette rencontre (pas un exposé passe-partout) : compléments d’information, réflexions personnelles, etc.

– Ce cadre d’écoute mutuelle posé, la rencontre peut se poursuivre de mille façons qui seront aux antipodes de la, souvent, trop piteuse « conférence-débat »…

Et
Assange
?