Némésis médicale -3-

‘Les écrans sont venus s’interposer massivement entre les patients et les soignants, entre les médecins, les infirmiers, les aides-soignants, les kinésithérapeutes, les brancardiers, les diététiciens, les assistantes sociales, les cadres de santé et les secrétaires, entre les personnels administratifs non soignants et les personnels soignants.
En revanche, le temps passé auprès des patients s’amenuise progressivement : moins d’écoute, un examen clinique réduit, moins d’attention envers leurs interrogations et leurs angoisses, moins de prise en compte du contexte culturel, social, familial et professionnel. En consultation, le temps d’écoute médicale sans interruption n’était déjà que de 23 secondes avant l’ère numérique ! A l’ère de la tarification à l’activité, les actes doivent s’enchaîner dans un temps et un nombre de lits restreints.’
Ainsi s’exprime, dans Leur Monde, Pierre-Vladimir Ennezat, médecin des hôpitaux et cardiologue.

Le comte Keyserling évoquant un drôle de toubib, le Dr Georg Groddeck, psychanalyste :
‘Son non-faire avait quelque chose de magiquement fécond.
Il partait du principe qu’un médecin ne sait rien du tout, ne peut rien du tout et doit agir le moins possible ; il devait se borner, par sa présence, à provoquer chez le patient ses facultés curatives personnelles.(…)
C’est ainsi que Groddeck me guérit en mois d’une semaine d’une phlébite récurrente, de laquelle, selon l’avis d’autres médecins, j’aurais dû souffrir durant de longues années, voire toute ma vie.
L’essentiel, chez Groddeck, c’était sa présence silencieuse.
Quand on était chez lui et qu’il ne demandait rien du tout, il vous venait bien plus d’idées que chez le plus habile des analystes.’

Illich écrivait, en 1975 : ‘Tout contact avec l’entreprise médicale expose le patient au danger de dommages psychiques.
(…) La plupart des dommages infligés par le médecin moderne (…) se produisent du fait de la pratique quotidienne d’hommes bien formés, ayant appris à agir dans la cadre des jugements et des techniques généralement admis par la profession et s’étant entraînés à réprimer la conscience des dommages qu’ils causent.
(…) On signale proportionnellement plus d’accidents dans les hôpitaux que dans toutes les autres branches industrielles, à l’exception des mines et de celui de la construction de bâtiments de grande hauteur.
(…) Plus la technique envahit la routine hospitalière, plus les accidents deviennent grotesques et inévitables. Les hôpitaux universitaires sont en général les plus pathogènes. Il a été établi qu’un malade sur cinq admis dans un hôpital universitaire moyen y contracte une maladie iatrogène (info indépendante), parfois bénigne, nécessitant le plus souvent un traitement particulier, et mortelle une fois sur trente. Il s’agit dans la moitié des cas de complications postérieures à une thérapeutique médicamenteuse ; de façon surprenante, un sur dix est l’effet de procédures techniques à but diagnostique. Quelles que soient ses déclarations de bonnes intentions ou de dévouement au service public, de tels agissements feraient relever un officier de son commandement, et fermer par la police n’importe quel restaurant ou lieu de distraction.
(…) Les infections les plus redoutables sont celles que l’on attrape dans la salle d’opération où seuls les micro-organismes résistant aux fortes doses de bactéricides ont pu survivre.
(…) La iatrogenèse au second degré, produite par les mesures anti-iatrogènes, fournit la preuve de l’autodéréglage structurel de l’entreprise. Elle a perdu toute possibilité de rationaliser son échec fondamental.’

Et
Assange
?