Philosophie de bazar

Quand je lis au fronton d’un ‘super bazar’ l‘accroche ‘Faites plaisir à vos envies’, ma réflexion change de registre, car le simple marketing m’y semble secondaire : nous sommes ici en pleine philosophie. ‘Envie’ me semble prendre la place que des générations chrétiennes ont assignée à l’‘âme’ : cette partie immatérielle de nous-mêmes où résiderait notre véritable et éternelle identité. L’avantage de ‘envie’ sur ‘âme’, c’est que c’est du sensible !

Réponse d’une petite à qui sa mère reprochait de voler dans les magasins : ‘Mais puisque j’en ai envie !’.

Ce matin, les gazettes bruissent du double meurtre commis au tribunal par un justiciable mécontent du jugement rendu à son encontre : une juge et un greffier abattus d’une balle dans la tête. Incapacité à admettre la frustration ? Oserai-je nommer cela ‘crime passionnel’ au sens du mot passion chez Charles Fourier ? Ce qu’il m’intéresserait de fouiner chez ce drôle de bonhomme, c’est-ce qu’il a proposé quant au libre cours des ‘passions’, y compris chez les enfants. N’aurait-il apporté qu’un embryon de piste à ce sujet que ses écrits seraient peut-être bien, aujourd’hui, de salubrité publique ! J’ai jusqu’ici défendu la thèse ‘l’enfant doit apprendre à ‘faire avec’ la frustration’. C’était assurément valable tant que ‘faire plaisir à ses envies’ ne constituait pas le message subliminal le plus constant de toute la pub. Or nous avons probablement changé d’époque à l’échelle de la longue histoire ! Aussi me demandé-je : Et si l’état de la société dont a accouché Mai 68 – ‘jouir sans entrave’, etc. – n’était qu’une toute première marche de ce nouvel escalier ? Ne nous faut-il pas, d’urgence, prendre conseil chez ce Fourier ?

Et
Assange
?