Tri les déchets, boulevard du bluff

X. est une rebelle. Oh, elle n’arbore pas plus l’effigie du Che qu’elle ne pose d’explosifs sur les voies ferrées comme le firent bien des résistants de ce pays. Elle n’appartient non plus à aucune organisation de révolutionnaires. Tout simplement, elle refuse de trier : une rebelle tranquille qui refuse tout simplement de trier ses déchets.

En réalité, elle n’a pas toujours été telle. Née dans un milieu conventionnel, sa première action autonome fut même d’être une ‘mademoiselle trieuse’ dont se gobergeaient les autres membres de la famille.

Puis candidate à être ‘ambassadrice du tri‘.

– Est-ce parce que tu n’as pas eu ce job que tu es devenue adversaire du tri ?
– Je le serais devenue de toute façon, et peut-être même plus vite, si j’étais entrée dans ce tralala.
– ça t’a pris tout d’un coup, toi l’écolo éveillée qui triais le verre et le plastique avant tout le monde ?
– J’ai eu l’occasion de voyager en Allemagne. Là-bas, j’ai vu des gens en train de défaire les emballages à la sortie-même des hypermarchés. Le tas, en fin de journée, était impressionnant ! ça a été le déclic.
– J’ai pris violemment conscience que l’industrie produit de l’inutile, et de l’inutile polluant, tout simplement parce que ça arrange ses affaires. Du coup, mes bonnes intentions concernant la ‘valorisation’ des déchets se sont coloriées différemment ! En triant, j’alimentais la machinerie. Non seulement j’acceptais la logique des emballages perdus, mais je travaillais gratuitement pour des intérêts qui sont grosso modo les mêmes que ceux qui polluent. Mieux : j’apportais un matériau gratuit à une chaîne qui allait en faire son beurre ! J’étais devenue un rouage. Et pas seulement de la machinerie, de la …machination !
– Et, du coup, tu as cessé de trier ?
– Oui, parce que j’estime que nous avons mieux à faire que d’épuiser ce qu’il nous reste d’énergie à autre chose que ces intérêts qui ne sont pas les nôtres ! Mais ça n’est pas si confortable ! Je suis sans cesse en butte, autour de moi, à l’’écologiquement correct’ qui en vient à constituer une seconde ‘pensée unique‘.
– Euh ! Tu exagères, non ?
– Pas vraiment ! A quelques-uns, nous allons de temps en temps en sortie d’hypermarché proposer aux personnes de laisser sur place le plus d’emballages possibles. Sans les trier, bien sûr, et sans les évacuer non plus. Jusqu’à présent, la direction nous a laissés tranquilles ; nous savons qu’en fin de journée une belle machine vient tout ramasser comme si de rien n’était. Mais ce sont de bonnes âmes écolo – des intégristes, selon moi – qui voient notre action d’un sale œil : pas moyen de leur faire entendre ne serait-ce que quelques bribes de notre raisonnement ! Le slogan ‘Ma planète’ génère vraiment de l’obscurantisme… Nous avons même eu maille à partir avec des organisations qui voulaient prendre notre place en nous corrigeant, autrement dit …en triant !

Et
Assange
?