Complotisme, Religion, Science

Thèse explorée timidement ici : « Une religion est irréductiblement complotiste ».

La recherche des causes d’une situation intrigante ou d’un phénomène inhabituel est naturelle chez l’humain.
Par exemple si, à ses yeux, aucune cause connue n’explique une sécheresse, celle-ci aura nécessairement résulté, d’une ou plusieurs causes 1) inconnues 2) en action.
Une vive préoccupation à l’égard des causes a aiguisé, tout particulièrement, la vigilance quant aux conditions de la survie. Si un quelconque Poucet, en forêt, ne sait pas identifier un risque de danger, il ne peut adopter la conduite idoine : il risque donc de se trouver en difficulté, voire de mourir. Je crois avoir compris que c’est dans cette optique que l’évolutionnisme identifie le ressort et le cours de l’histoire des espèces (un « complot » aux yeux des religieux).
Or, dans le cas où notre personnage se soucie de ce qui apparaît dans son environnement, sa recherche de causes le conduira spontanément à rechercher également des 3) intentions, car à ses yeux, la situation sera forcément l’effet d’une Volonté, dont les caractéristiques sont : Inconnue, Agissante, Dotée d’intention.
Noter que cette manière d’interpréter vaut aussi bien en cas d’événement heureux qu’en cas de catastrophe.
Si, par-dessus le marché, cette Volonté lui apparaît indéfinie, obscure, difficile à décrypter, etc., il sera poussé à inventer des suppositions tant soit peu plausibles à propos d’un monde qui 4) est caché, 5) est d’une autre nature que la sienne, et 6) s’impose à lui.
Nous pouvons faire toute confiance à un enfant normal pour inventer de tels systèmes, soit à partir de zéro, soit en puisant ici ou là.
C’est ainsi que notre Poucet vient se ranger dans la famille complotiste puisqu’il aura conçu « quelque chose » qui, non seulement 1) est inconnu, 2) agit et 3) a des intentions, mais aussi, et inséparablement, 4) n’est pas aisé à percevoir, 5) est « autre » et 6) détient une puissance supérieure à la sienne.
Peut-être deviendra-t-il, avec l’âge, un révélateur enthousiaste de ses suppositions ou de celles de confrères.

Question : la racine « complot » garde-t-elle encore une pleine validité si les situations heureuses prennent sens par cette même démarche ? Plutôt que « complotiste », ne vaudrait-il donc pas mieux opter pour « intentionaliste » voire « volontariste » ?

Pour comprendre plus complètement la religion, il restera à élucider le lien des humains avec ce « quelque chose », que ce lien soit collectif ou personnel, réciproque ou non. Pas sûr que ceci ait à voir avec son caractère complotiste. Ce que Marx qualifiait de marijane du peuple est un monde en soi, non ? Me revient en mémoire une fidèle à genoux en train de s’en prendre au crucifié, très vertement et pendant une bonne demi-heure : le fils de dieu ne semblait pas décidé à accéder à ses demandes.

L’interrogation religieuse puise à la même propension que sa tardive cousine scientifique, laquelle a progressivement renouvelé les bases et les conditions de la recherche humaine.
Même si la démarche scientifique actuelle se débarrasse de l’ancestrale propension humaine à rechercher des intentions derrière les causes, les traits 1), 2), 4), 5) et 6) demeurent toujours à son ordre du jour.

La religieuse, plus libre d’imaginer que la scientifique, s’autorise sans scrupule de belles libertés, y compris avec les faits patents ; ceci, dans un tableau, la ferait classer au voisinage de la complotiste.

Un autre trait conduit à rapprocher les démarches religieuse et complotiste : dans les deux cas, les notions de bien et de mal l’emportent sans trop de difficulté sur celles de vrai et de faux.
Qui n’est pas un minimun épris de justice n’entrerait pas dans le royaume du complotisme ?

Pour en revenir à l’intention, un indice : l’enfant qui se cogne la tête au coin de la table n’en veut-il pas spontanément à cette « sale table » ?

Et
Assange
?