Obéir pour mieux s’affranchir

L’une des expressions de Bachelard a trait à ‘ma’ question de l’obéissance : la ‘désobéissance adroite’. De quoi s’agit-il ? Bachelard tente de convaincre son lecteur que l’inhibition – tiens tiens, au fait, faudra que je révise ‘mon’ Laborit ! – de l’enfant devant le feu provient d’abord de l’interdiction générale dont celui-ci est l’objet, et non de l’expérience que peut faire l’enfant de s’y brûler. Le dressage social ainsi effectué conduira l’enfant à vouloir essayer de mettre le feu en cachette. ‘Nous proposons (…) de ranger sous le nom de complexe de Prométhée toutes les tendances qui nous poussent à savoir autant que nos pères, plus que nos pères, autant que nos maîtres, plus que nos maîtres.’ Avec Bachelard, l’on retrouve d’ailleurs le sexe puisque pour lui, faire du feu et faire l’amour c’est tout un. Pour les deux, c’est « quand tu seras grand/e ».

Un jour de mon adolescence, une vive discussion s’engagea entre mon père et moi, à propos d’un travail des champs qu’il eût voulu que j’accomplisse à sa façon alors que, selon moi, il valait mieux l’avoir effectué à la mienne.

– Enfin, tout de même ! j’ai l’expérience, allégua mon père.

– L’expérience, rétorquai-je, est la somme des bêtises que l’on a faites, non ?

Silence radio en face… J’avais ce jour-là transgressé, du moins en paroles – et sans héroïsme aucun, d’ailleurs – l’obligation d’obéir aux contraintes posées jour après jour par ce père extrêmement exigeant. Une extraordinaire pièce de théâtre populaire – avec tout ce que cet adjectif peut avoir pour moi de glorieux – de Per-Jakez Helias porte ce type de conflit au paroxysme : Egile. Je doute qu’aucune scène ‘nationale’ l’ait jamais représentée.

Comment un maître peut-il vouloir que son élève en sache au moins autant que lui ? Au nom de la charité chrétienne ? A quel autre titre ? C’est ce point qu’il faudrait élucider, si l’on veut une Université, un lycée, un collège, une école qui tiennent la route, autrement dit qui transmette du sens et non seulement des signes, quand ce ne sont pas des signes purement extérieurs. Car, pour l’heure – gros comme un défilé de chars d’assaut – ça marche à l’envers ! Et l »on’ voudrait voir surgir en interne, sans rien changer, des solutions magiques… Préhistoire de l’éducation.

Dans un tout autre contexte que le nôtre – l’Afrique d’en amont de la science, de la démocratie et du marché – l’élève n’a pas à tenter de voler le feu du ciel : il sera non pas enseigné, mais initié.

Élève passif, donc ? Que nenni ! répond Tobie Nathan – L’Autre journal- Octobre 1992 :

Quand un enfant pose une question aux adultes, soit ils ne répondent pas, soit ils répondent par des phrases incompréhensibles, de manière à obliger l’enfant à interpréter, à se mettre en marche.’

Prof passif ? Non plus :

‘Vous êtes obligé de vous mettre à l’école de celui que vous allez rencontrer. S’il vous pensez qu’il est comme vous, que tout le monde doit être comme tout le monde, il n’y a plus de distinction fonctionnelle, et l’on ne peut paradoxalement plus rien transmettre.’

Le numéro de l’Autre journal que l’on me met sous les yeux entend, lui, rendre hommage à ‘tous ceux qui acceptent de ne pas façonner l’autre à leur image’. Oui mais, moi, je ne sais pas poursuivre.

Et
Assange
?